20080518

De la soul // Clip à la maison


Bizarrement, mes paupières se font extrêmement lourdes quand je relis les quelques cours décryptables qu'il me reste, alors je passe à autre chose.


J’adore Sam Cooke. Je viens de réaliser que l'anagramme subtil de Sam Cooke donnait Same cook, "même cuisinier", mais alors je sens que, là, cette réflexion aux relents lacaniens ne mènera nulle part. Dans la trilogie soul du bon, de la brute et de l’aveugle, il y a Sam Cooke, Solomon Burke et Ray Charles. Et James Brown. Mais lui, comme dirait Nik Cohn, c’était « le patron », « un sultan, un intouchable » et tout.

Nik Cohn, toujours lui, dit de Sam Cooke dans Awopbop Aloobop Alopbamboom qu’il était « suave sans être écoeurant » et c’est exactement ça : irrésistiblement mièvre, mais pas que. Les chansons de Sam Cooke sont la bande-son rêvée d’une party bon-chic-bon-genre au bord de la piscine où l’eau est tiède, les serveurs impeccables et les cocktails, oh mon dieu, exquis, mais où personne ne peut se défaire de cet air horriblement mélancolique.

S’il a débuté avec les pieux Soul Stirrers (des types qui "remuaient les âmes", quand même), fait pleurer la ménagère du Kentucky et été aussi beau qu’un Barack Obama, ça ne l’a pas empêché d’être pote avec Mohammed Ali ni de se faire descendre dans une chambre d’hôtel par une amante éconduite, revêche, psychopathe, peu importe. Et quand je pense qu'un homme qui susurrait des ballades caramélisées est mort une balle dans le corps, je trouve que ça a de la gueule et que la vie est vraiment pleine de paradoxes, qu'effectivement tout n'est pas noir et blanc mais gris nuancé, ou plutôt café au lait comme la peau de ce vieux Sam, et que les préjugés c'est mal, que -- gare à vous -- les femmes sont imprévisibles, que les armes à feu c'est dangereux etc.


LA TA TA TA TA TA TA (history) MMMMHHH (biology)


En traînant sur youtube je suis tombée sur cette vidéo, qui m'a valu un formidable moment de bonheur et d'hilarité solitaires (si on a la chance de connaître d'avance les paroles de What a wonderful world pour l'avoir braillée sous la douche, en passant l'aspirateur ou en se faisant une omelette provençale, c'est encore meilleur):



J'ai dû la regarder environ 64,5 fois pour oublier que demain c'est lundi. D'aucuns se reconnaîtront dans la gravité des problèmes qu'évoque cette chanson.

20080517

Interview Fabrice Colin - Comme des fantômes (ed. Moutons éléctriques)

Captain Dada : Bon, tu sais comme moi que Radiohead a tout piqué à Marillion, que Thom Yorke est sans doute l’un des principal actionnaire de Prozac Inc., et que depuis
Kid A ils ont pas fait grand chose d’écoutable. Pourquoi tu t’entête à chanter leur louanges ?

Fabrice Colin : Je n’arrive pas à écouter Marillion. Dieu sait que j’ai essayé pourtant. Mais à chaque fois j’ai envie de faire autre chose. Comme aller dormir. Creep est sorti quand j’avais ton âge, petit crétin, puis The Bends derrière – auquel personne ne prêtait réellement attention – et quand OK Computer est arrivé à son tour, ça faisait déjà quatre ou cinq ans que j’étais sur l’affaire. Ce mythe qui voudrait faire de Radiohead un groupe pour dépressifs est un cliché sans fondement. D’une part, eux au moins, quand ils font une chanson triste, c’est à dessein ; d’autre part, as-tu déjà écouté « 2+2=5 » ou « Bodysnatchers » en concert ? Pour le reste, c’est générationnel, ça ne s’explique pas – je suis aussi fan du PSG parce que mon grand-père écoutait les matchs à la radio en 1978.

Captain Dada : T’as quoi contre le Brian Jonestown Massacre ?
Fabrice Colin : Pff. On entend la même chose aux stands de démonstration perceuse chez Bricorama, et gratos en plus.
Rien de pire qu’un faux fou.

Captain Dada : T’as peur du feu ? Ou juste de Bachelard ?
Fabrice Colin : Mourir brûlé vif est une expérience rare mais très désagréable.

Captain Dada : Pas trop déçu que je t’ai out-hypé sur « Thou Shalt Always Kill », posté il y a un an sur
feu mon propre blog ?
Fabrice Colin : Pas déçu, admiratif. Mais je travaille, moi. Pas le temps d’aller glander sur des sites de jeunes.

Captain Dada : Tu m’explique comment tu peux être un père de famille et être un admirateur d’Eric Pougeau ?
Fabrice Colin : Ben justement, faut être papa pour bien apprécier.

Captain Dada : Tu l’as lu,
vraiment, 2666 ? Tu préfère pas Mantra de Fresan ?
Fabrice Colin : Arrête, 2666 c’est long mais c’est très facile à lire par rapport à, mettons,
Ulysse ou La Recherche du temps perdu. Roberto est grand, Roberto est un géant – enfin, était (sob). Fresan j’aime beaucoup (les deux auteurs étaient d’ailleurs copains) et c’est mieux que 90% de la production actuelle, mais on est encore loin du compte à mes yeux.

Captain Dada : Le prix du « pire roman francophone », dont tu as été l’un des heureux détenteurs (
Sunk co-écrit avec David Calvo) , tu l’attribuerais à qui cette année ? Alexandre Dujardin ou Anna Gavalda ?
Fabrice Colin : Je ne lis pas toutes ces merdes : je n’ai déjà pas le temps que je voudrais pour les bons livres. Gavalda, c’est comme la Star Ac, c’est rigolo pour essayer mais, passées trois pages, ça devient suspect. Jean Dujardin me fait rire dans OSS 117.

Captain Dada : « Four more years » de Sarko, ça te fais peur ?
Fabrice Colin : Bof. À mon avis, il va se passer des trucs amusants d’ici 2011.

Captain Dada : Entre nous, il est pas trop moche le trophée des Imaginales ?
Fabrice Colin : Il est monstrueux tu veux dire. J’en ai fait cadeau par anticipation à mon éditrice. Et je ne vais pas à Épinal.

Captain Dada : Tu peux me raconter ta rencontre avec David Calvo ?
Fabrice Colin : Toulon, début des années 90, tournoi de jeux de rôle. Je me fais suer (…). Un soir, un type anime une partie de « Castle Falkenstein » (voir ce terme) en évoquant James Joyce. Je l’observe cinq minutes : « Il faut absolument que je devienne copain avec ce type, » me dis-je. Dont acte.

Captain Dada : Vous allez refaire un projet ensemble ?
Fabrice Colin : Y a des chances.

Captain Dada : Sinon, t’as d’autres projets de collaboration ?
Fabrice Colin : Pas des masses. J’attends de voir ce qui se présente. En fait, je suis beaucoup plus intéressé maintenant par les gens qui travaillent sur d’autres fronts – dessinateurs, graphistes, musiciens.

Captain Dada : Concernant ton amitié avec Claro, tu peux m’expliquer comment un branché flamboyant comme lui a pu devenir pote avec un fan d’Oasis comme toi ?
Fabrice Colin : Musicalement, Claro est friand de mes conseils. Je pense que je l’amuse. Pour le reste : en 2003 ( ?), j’ai réalisé une interview de lui pour un numéro spécial lecteurs des Inrocks. Je lui ai posé mes questions et je suis rentré chez moi, fin provisoire de l’histoire. Un an plus tard, nous avons déménagé… et je me suis rendu compte que j’habitais à cinq minutes à pied de chez lui. Pour le coup, nous avons repris une correspondance effrénée, puis nous sommes découvert un amour commun pour le vin, nos femmes, l’humour sordide et un certain nombre d’auteurs américains.

Captain Dada : Tu nous mets en lien sur ton blog ? S’teuplai…
Fabrice Colin : Je vais faire ça.

Captain Dada : Ton top 3, en littérature générale américaine ?
Fabrice Colin : Pynchon, DeLillo, Bret Easton Ellis. Je peux ajouter Powers et McCarthy ?

Captain Dada : Ton top 3, en littérature générale britannique ?
Fabrice Colin : Martin Amis,
Le Mage de John Fowles, Malcom Lowry.

Captain Dada : Ton top 3, en littérature générale française ? Non, je déconne.
Fabrice Colin : Attends, y a le dernier Pierre Senges qui est énorme.

Captain Dada : Le dernier livre que tu as lu ?
Fabrice Colin :
Le Tournant, de Klaus Mann.

Captain Dada : Qu’est-ce qui tourne en boucle dans ton mp3 en ce moment ?
Fabrice Colin : Portishead : je ne m’en remets pas. The Kills, par paresse. Nina Simone, Quiet Village,
No social de The Shortwave Set. Et le générique de Californication.

Captain Dada : Est-ce que le fait de fonder une famille a eu une influence sur les projets dans lesquels tu décide de t’impliquer ?
Fabrice Colin : Disons que je bosse plus qu’avant.

Captain Dada : Ça utilise quoi comme gel douche, un écrivain de
fantasy ?
Fabrice Colin : Je ne sais pas, c’est ma femme qui achète ces trucs-là. Elle a récemment trouvé un truc parfumé à la cannelle, on a envie d’en bouffer, c’est terrible.

Captain Dada : Tu assume ton passé de geek jeu de rôles ? Est-ce que ça a eu une influence sur tes lectures, et par extension, sur ton choix de la fantasy en tant qu’auteur ?
Fabrice Colin : J’ai cessé de lire de la fantasy à 16 ans. J’aurais préféré plus jouer aux JDR et moins en écrire, mais c’est la vie. Les JDR m’ont permis de rencontrer Stéphane Marsan, de publier mon premier roman, de devenir atrocement riche et célèbre. Merci donc à eux.

Captain dada : Ta définition du post-modernisme ?
Fabrice Colin : Demande ça à David C.

Captain Dada : Mourir à 33 ans (cf
Comme des fantômes), comme Jesus, Morrisson, Hendrix et plein d’autres gars pas bien recommandables, c’est pas un peu mégalo ?
Fabrice Colin : Si, complètement, c’est pour ça que je me suis bien gardé de le faire en vrai. 33 ans c’est juste un mauvais moment à passer. Paradoxalement, il n’y a qu’en restant en vie qu’on peut être sûr que l’immortalité n’existe pas.

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La France tombe, et l'armée s'en fout

Depuis quelques semaines, je fais de la musique avec Victor. Victor est une sorte de machine humaine à retranscrire de la mélodie, sans les cables ou les loupiottes qui clignotent. Je lui met le casque sur les oreilles avec, disons, "Shit, Fuck" (André "Herman" Dune & Turner Cody), il plisse les yeux, fronce les sourcils et le morceaux prend forme devant mes yeux ébahis. J'apprend l'harmonica sur le tas, pour donner un côté "folk qui a bourlingué" aux morceaux, et je chante dessus.

Pour l'instant on fait des reprises de la scène anti-folk/folk new-yorkaise : Kimya Dawson ("Loose Lips", "Tire Swing"), Jeffrey Lewis ("Back When I Was Four"), Elvis Perkins ("While You Were Sleeping") et on commence à bosser sur Turner Cody ("Suzannah"). Sinon "Shit, Fuck" marche bien et on joue une version low-fi de "What Katie Did" avec une bonne dose d'harmonica et des petites poussées d'euphorie ado.

Sur un coup de tête, on a loué une barque hors de prix au Parc de la Tête d'Or, avec l'éternel Pierre - qui a monté un groupe de son côté - à la barre. "While You Were Sleeping" sur une eau calme qui réfléchissait doucement la lumière du soleil, ça a donné cinq minutes de magie pure où le temps s'étirait avec une grâce infinie. Bon, on était pas loin de l'idylle XIXème siècle "love that dares not speak its name", les canotiers et les poèmes de Yeats en moins.

Plus tard dans la soirée, on (meaning Captain Books, Rafu, Alexia & myself) a trinqué au champagne à la santé de feu Pascal "nigger dick" Sevran, avant d'entamer une discussion de gauchistes sur le Grand Soir, à laquelle les bulles dudit-champomy ajoutaient une gauche-caviar touch dont l'ironie n'échappait à personne.

Et finir la soirée avec une jolie madame qui s'endort quand on lui chante "Only" au creux de l'oreille au beau milieu de la nuit, ça clôture une journée "je révise mes partiels avec l'entrain d'un hypokâgneux sous amphet" en beauté.

--> Oui, je range mes CD par ordre (presque) alphabétique
Freaks Shall Overcome !



20080516

Alienation


13:42 - pour la quatrième fois la fille à lunettes traverse la salle d'examen pour aller pisser/s'étirer/lire ses antisèches sous les semelles de ses kickers ; sous sa salopette, son t-shirt bleu ciel à strass dit

***je suis à croquer*** et là tu te dis "euh lol, ***non***".


William Eggleston



J'avais envie de parler vite fait de White Denim, de faire une accroche genre "Attention, le concept du jean slim blanc a beau être effrayant, les Texans de White Denim te veulent du bien" mais, même vite fait, ça me fatigue rien que d'y penser car ces jours-ci mes camarades et moi nous nous éreintons intellectuellement, n'est-ce pas.

Mais dans un élan de magnanimité, et je ne sais même pas si ce mot existe en vrai, je consacre le peu d'énergie qui me reste à mettre en lien un article dithyrambique, des mp3 (si on n'aime pas un tant soit peu le wockenwoll pour chevelus c'est pas la peine de cliquer, je me serai épuisée pour rien):

don't look that way at it

goldie locks

let's talk about it


et même une vidéo ioutioube:


J'AIME FAIRE DES POSTS DOLORISTES.

20080511

Sk8 or die


Mais alors il ne faut jamais venir jouer de l'orgue
de barbarie à 8h du matin sous mes fenêtres:


ni faire du skate en bande organisée pendant que mon culpabilisant surmoi essaye de convaincre mon faible moi qu'il devrait peut-être réviser. Parce que ça me met dans une situation un peu james stewartienne:


20080509

Voxx Populi

Pour des raisons qui m'échappent, j'ai décidé d'aller réviser mes partiels au Voxx. Attablé en terrace, un sosie quinqua de Philippe Manoeuvre, cheveux gominés et RayBans vintages laissait échapper à intervalles réguliers un rire dont je croyait Manoeuvre seul détenteur. Je veux parler de cet espèce de ricanement qui part du fonds du palais avant de sortir, nu et sale, par une bouche grande ouverte. Le rire était invariablement complété par une grande claque sur la table ou les cuisses, ce qui rendait plus bruyant encore l'expression brutale de l'imbécilité de son propriétaire. Le sosie profitait pleinement de son Perrier ("deux rondelles de citron sivouplai"), du soleil et des amis qui l'accompagnaient, si béats d'admiration qu'ils en oubliaient de siroter leur demi.


Les Nuits Sonores, c'est un peu le 14 juillet des Fluokid lyonnais. Histoire de marquer le coup, ils étaient une bonne vingtaine en terrasse. Tous plus flashy les uns que les autres, du T-shirt noir/tâches de violet fuschia aux monstrueuses Nike (orange/vert pétant) montantes à souhait. Le tout frétillait de la queue avec excitation en attendant le set de Laurent Garnier de ce soir. Un fluokid c'est mignon mais c'est comme un halogène, faut pas trop regarder sinon ça fini par faire mal aux yeux.

Réfugié à l'intérieur, j'ai subi une tirade pro-Sarko assénée par un quadra à son fils et aux potes de celui-ci. Un mélange de prophéties fatalistes et de verve patriotique, qui voulait traduire la vision du "monde de demain" : gosses de riches armés jusqu'aux dents (le fils acquiescait avec conviction), ghettos de riches sur-protégés (les potes ouvrent grands les yeux, puis acquiescent à leur tour), militarisme rampant de l'Allemagne/Prusse/IVème Reich et -naturellement- invasion de la Provence, du Sud de l'Espagne et de la Sicile par des troupes africaines bien remontées. Le preacherman auto-proclamé a heureusement eu le bon goût de se taire, préférant garder les yeux mi-clos, comme pour concevoir de nouvelles hypothèses géo-politiques.

Jean-Michel passait heureusement de savoureuses vieilleries garage-rock, et dissertait - avec le flegme, tout britannique, qu'on lui connaît - sur les Nuits Sonores, le prix du Coca, le WiFi, tout ça tout ça. Les branchouilles habituels me lançaient des petits regards furtifs, un peu surpris de voir Chronic'art et le "Manuel de Droit Pénal Général" cohabiter paisiblement sur ma table. Des petits troupeaux de baby-goths, tous pics dehors, passaient devant les vitres, étourdis par la violence du soleil sur leur attirail noir et moiré. Un freak local draguait, avec un entrain un peu douteux, deux indie girls uber-lookées. Les Buzzcocks chantaient "Sixteen Again", comme pour couvrir l'ennui du paragraphe 2 sur "la nécessité d'une faute dans les infractions non-intentionnelles". Sweet.

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Pascal Sevran est vraiment mort cette fois (cf faux scoop d'Europe 1). Loué soit le Seigneur Tout Puissant et Miséricordieux d'avoir rappelé cette sainte ordure à ses côtés. Allez, deux chanson pour "Chanter la vie" :

Ilona Mitrecey - Un Monde Parfait
"Et ce soir je m'endors au pays des merveilles"

Animal Collective - Water Curse
(sachant qu'au lieu de rester écouter ce genre de merveille chez moi ce soir, je vais aller prostituer ms oreilles aux Nuits Sonores. En même temps, Battles et DJ Krush et Antipop Consortium et DJ "Solid Steel" Food de 22h à 6h00, ça ne se refuse pas, même à 30 euros)

Réfutation empirique de la réfutation kantienne de la preuve ontologique de l'existence de Dieu.



Si j'ai passé toutes les voyelles d'un titre aussi austère
en rose et si je me sens au moins aussi contente de vivre que ce jack russel photographié par Elliott Erwitt,

que cette fille photographiée par William Klein,

et que feu Boris photographié par un mec qui a dû bien se marrer,

c'est surtout grâce à l'idée d'assister dans trois semaine à >>ça<<, c'est à dire -- pour aller au coeur du sujet et me faire détester par CERTAINES PERSONNES -- voir (ou revoir) ce magnifique monde sur scène au bord de la mer à Barcelone:


Menomena, Man Man, Young Marble Giants, Animal Collective, De La Soul, Shellac, Silver Jews, No Age, MGMT, The Microphones, Why?, Scout Niblett, The Sonics, Vampire Weekend, Deerhunter, Atlas Sound, Dinosaur Jr, Dirty Projectors, Fuck Buttons, The Go! Team, Holy Fuck, Explosions in the sky, Cat Power, Public Enemy, Devo, Sebadoh, SJ Esau, Enon, Stephen Malkmus & The Jicks, Tindersticks, Holly Golightly, Midnight Juggernauts, Les Savy Fav, Okkervil River, The Rumble Strips et j'en passe...


La taille de police est évidemment proportionnelle à mon émoi.


Donc si Kant avait 20 ans en 2008, écoutait de la musique pas trop horrible et voyait une telle programmation, surement chialerait-il sa mère en marmonnant "bouhouh, c'est vrai je m'ai gouré dans la Critique, je m'incline devant cette réalité empirique, Dieu existe".

20080506

Moi, toi et tous les autres

Vu REC°, film d'horreur espagnol dont l'affiche n'annonçait franchement rien de bon. Séance de 22 heures, salle comble. On est venu entre copines ou entre potes, ou en couple. Quelques geeks un peu louches se tortillent sur leur siège, les petits-amis jouent les braves en passant leur bras par dessus l'épaule de leur promise, comme pour dire "je suis là, t'inquiète bébé, si t'as un peu peur". Le film commence sans générique, filmé caméra à l'épaule. Une minette soucieuse de garder sa mèche dans le bon sens, fait un reportage sur une caserne de pompiers. Elle attend visiblement qu'une alarme se déclenche, un feu, une innondation, n'importe quoi qui lui fearit oublier la banalité du sujet. Le pompier rigole avec elle, et espère que "rien de grave ne va arriver" (rires gênés de la salle). Genre.

Suite à un appel pour une vieille coincée dans son appart', l'équipe suit les bomberos jusquà un immeuble banal de Barcelone. Les habitants sont regroupés dans le foyer, un couple de vieux, un petite famille de chinois, un papy dandy/folle, une mère angoissée qui porte sa gamine et le président du syndic. Deux flics sont déjà sur place : un gros con et un jeune un poil vénère qu'une équipe télé se soit pointée.

Et tout part en couille.

Une vieille pleine de sang qui hurle et bouffe de la carotide de flic comme si c'était du beurre, une gamine zombie qui fait pareil, un cadavre qui tombe du cinquième, des portes qui claquent, la police qui boucle tout l'immeuble sans expliquer pourquoi, la panique, la colère, l'angoisse, l'incompréhension, le racisme ordinaire qui fait surface le temps de trouver un bouc émissaire, les conflits de pouvoir, les pistes qui arrivent et repartent en ne laissant que l'illusion de donner une explication, les courses poursuites dans l'escalier, les clefs qu'on a pas le temps de trouver quand on a cinq zombies au cul, les vitres brisées, le nombre de "vivants" qui ne fait que baisser, les coups de masses, LA TERREUR PURE. Le tout filmé par un caméraman visiblement peu soucieux de rester en vie, avec des effets de mise en scène tarés, trois bouts de ficelle et un peu de ketchup qui violentent le spectateur sans lui laisser le temps de souffler. Une pression considérable, liée au manque total d'explication rationnelle (c'est quoi ces trucs ? pourquoi on nous a bouclé ici ? pourquoi ma fille est passé du poney à l'homicide si vite ?) qui met au spectateur une bonne grosse trempe sanglante. On en sort épuisé, après avoir crié de terreur avec le reste de la salle, non sans regarder tous les dix mètres s'il n'y a pas un truc qui nous court après.

Je n'ai jamais vu un truc aussi flippant, ça me hante depuis 4 jours. Courez-y.

(Oui, il y a un lien entre Jeffrey Lewis et l'article ci-dessus.
Celui/Celle qui trouve gagnera un Malabar bigoût)


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On a vu Why? en concert."Even though I haven't seen you in years, yours is a funeral I'd fly to from anywhere." (These Few Presidents) , ce genre de trucs. C'était cool, mais le dernier métro a coupé court à mon enthousiasme.

Williamsburg Will Oldham Horror
(Oui, il y a un lien entre Jeffrey Lewis et le dernier métro. Celui/Celle qui trouve gagnera un Chocobon)

Born RuFFian Futurists

Il y a des amalgames stupides comme ça qui font perdre du temps. Comme de confondre les dispensables Russian Futurists avec les
Born Ruffians, tout ça à cause d'une pauvre consonne doublée qui diffère, parce que "ruffian" c'est un peu la prononciation de "russian" quand on n'a plus de dents ou la bouche pleine de taboulé. Du coup on tarde à écouter les seconds parce qu'on les a toujours vaguement, et infortunément, pris pour les premiers.

Or ce matin, alors que je ratais évidemment mon bus, le hasard a voulu que je fusse -- oui, j'ose carrément le subjonctif imparfait, on est à 8 jours du concours, l'heure est grave (paraît-il)-- en train d'écouter Red, Yellow and Blue, dernier album au titre mondrianesque de Born Ruffians et là, comme c'est le cas avec certaines grandes découverte musicales qui surviennent à des instants critiques de la journée, j'ai pris l'affaire avec beaucoup de relativisme et me suis dit "c'est ça casse-toi Bus, je m'en fous, je vais y aller à pied en écoutant Born Ruffians et ça m'emplit d'une joie indicible".

Dès la première écoute, leurs chansons convoquent plein de gens de qualité; comme ce soir j'ose tout, même les métaphores culinaires cheap, on peut dire que c'est ce qu'on obtiendrait en versant dans un mixeur moulinex du Animal Collective (même production que sur le Sung Tongs des -- d'après certains --
bourgeois antimodernes crypto-racistes, oui madame) saupoudré de Unicorns avec des morceaux de Vampire Weekend (voir sur youtube la querelle des geeks, à coup de "quand on ferme les yeux on croirait entendre VW" et de "pf n'importe quoi") en version beta, bien sûr. En plus, ils sont de Toronto et moi Toronto ça me rappelle quand j'avais 3 ans et que mes parents y avaient loué un bungalow et que des écureuils roux venaient nous manger des cacahuètes dans la main et qu'on était partis voir les chutes du Niagara. Alors forcément.

Voilà de quoi étayer mes propos, dont l'enthousiasme ne s'émoussera pas, j'espère, dès demain matin. Si on peut écouter ça en regardant s'éloigner le bus qu'on a raté, c'est mieux.

Red, Yellow & Blue

Foxes Mate For Life

Barnacle Goose (live quelque part on ne sait où)

Kurt Vonnegut (pour la crédibilité intello)

Si on n'est pas convaincu, j'offre des tickets TCL.

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Why? Graound Zéreau. 04/V/008. Yoni cherche la connexion wi-fi.





20080502

Awenbi de rue


Mercredi soir, au retour du concert de Clara Clara, posté devant un panneau publicitaire, un B-Boy répétait ses pas de danse sur du r'n'b français vachement deep:

C'était émotionnellement intense.

20080430

Quand c'est trop, c'est Tropico



Parce qu'un jour ils se sont dit "tiens! et pourquoi pas hein?", The Muslims, anciens livreurs de pizzas à San Diego, suscitent déjà des commentaires de crypto-fondamentalistes tels que "the muslims?! worst. name. ever".

Leurs chansons n'ont rien d'orientalisant, encore moins de provocant et, comme dirait l'autre, elles sont comme les t-shirts Gap 100% coton: basiques. Et moi, parfois, les chansons basiques me rappellent les films pour ados doucement débiles (les films comme les ados) de la fin des années 90 et ça j'aime bien.
Certains, dans une probable précipitations, les ont d'emblée comparés au Velvet Underground voire aux Strokes et là je dis on se calme. Le timbre du chanteur, Matt Lamkin, fait peut-être penser à un lointain croisement entre le vieux Loulou (période Loaded) et -- attention, ce nom est susceptible d'en émoustiller certaines -- Julian hot babe Casablancas (période Is This It) mais on est loin, très loin du chic de l'héroïne, des costumes Prada et des **bouleversements** générationnels que ces derniers auraient déclenchés. En cela The Muslims ressemblent bien davantage aux grands neuneus dont ils se réclament:
Ian Dury et ses amis ou Modern Lovers.

Nightlife (premier morceau de la boîte magique, colonne de droite) réhabilite le bégaiement. Derrière d'incompréhensibles acronymes, Beside myself dit, en gros, chuis désolé j'étais à côté de mes pompes tout du long. En général Matt Lamkin rivalise d'audace vestimentaire avec, au hasard, les membres d'Animal Collective*. Comme en témoigne son pull à maille qui, de loin, fait penser aux Grottes de Lascaux. Dans le clip d'Extinction, avec sa bouille de bibliothécaire qui lit du Debord derrière son comptoir, il annonce nonchalamment l'heure de votre extinction en se roulant dans des roseaux, des fougères, whatever the heck, bref ça peut valoir le coup d'oeil:



A San Diego et non loin, il y a aussi Christmas Island et The Traditional Fools, dont je ne sais pas grand chose hormis qu'ils font du surf/psyché/"minimaliste"/garage/punk qui donne du relief à mes après-midis chômés.



*En parlant d'Animal Collective, hier, sur Canal, ils passaient Peacebone au générique du match Manchester-Bidule. J'ai failli avaler mon coca de travers.

L'image tout en haut ne constitue pas une entrée en matière très subtile mais c'est une photo prise il y a 3 ans à
Harar et bientôt, quand Allah me donnera la patience, je les posterai toutes sur un autre machin.